Les effets sur
la santé
Classiquement, les effets sur la santé de la pollution atmosphérique
sont classés en deux groupes. Les effets à court terme
qui peuvent être définis comme des " manifestations
" cliniques, fonctionnelles ou biologiques survenant dans des
délais brefs (quelques jours, semaines) suite aux variations
journalières des niveaux ambiants de pollution atmosphérique.
Le second groupe concerne les effets à long terme qui peuvent
être des affections ou pathologies survenant après une
exposition chronique (plusieurs mois ou années) à la
pollution atmosphérique.
A ce jour, les effets
à court terme ont été les plus étudiés.
La mortalité, toutes causes ou spécifique (respiratoire
et cardio-vasculaire) est l'indicateur le plus souvent employé
pour des raisons de disponibilité des données.
Ainsi, dans une revue de la littérature Pope (2) rapporte une
augmentation de la mortalité toutes causes à court terme
comprise entre 0,5 et 1,5 % pour une augmentation de 10 µg/m3
des niveaux de PM10 (particules dont le diamètre aérodynamique
est inférieur à 10 µm) et pour une augmentation
de 10 µg/m3 des niveaux de PM2,5 (diamètre inférieur
à 2,5 µm). D'autres travaux réalisés en
Europe, en Australie, en Amérique du sud, en Asie ont confirmé
ces résultats en montrant des associations entre des faibles
niveaux de pollution et la mortalité à court terme.
Pour la mortalité spécifique, l'étude européenne
APHEA (Air Pollution and Health : a European Approach) (3) a montré
que le risque de mortalité pour cause respiratoire dans les
villes d'Europe de l'Ouest augmentait respectivement de 4 %, 5 % et
2 % pour des élévations de 50 µg/m3 de fumées
noires (FN), de dioxyde de soufre (SO2) et d'ozone (O3). Pour la mortalité
cardio-vasculaire, le risque croissait respectivement de 2 %, 4 %
et 2 %. Ces résultats ont été confirmés
en 1999 par une étude multicentrique réalisée
par l'Institut de Veille Sanitaire (4) réalisée dans
9 villes (Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Le Havre, Paris, Rouen,
Strasbourg et Toulouse) qui mettait en évidence des associations
à court terme entre la pollution atmosphérique urbaine
et la mortalité. Globalement, l'excès de risque de décès
anticipés variait de 3 à 4 % pour une augmentation de
50 µg/m3 des indicateurs de pollution. Pour la mortalité
respiratoire, cet excès de risque variait de 1 à 6 %
pour une augmentation de 50 µg/m3 des indicateurs de pollution.
Pour un même niveau de pollution, il n'existait pas de différences
importantes en termes de risques de mortalité entre les neuf
zones d'étude, malgré la diversité des pollutions
et les caractéristiques géographiques, climatiques ou
socio-démographiques des villes étudiées. De
plus, les relations observées entre les niveaux de pollution
atmosphérique et la probabilité de décès
sont de type linéaire sans seuil. Cela signifie qu'il n'existe
pas de niveau en dessous duquel il n'y aurait pas d'effet décelable
sur la mortalité à l'échelle de la population
générale.
En terme de morbidité,
les hospitalisations pour causes respiratoires mais également
cardio-vasculaires ont été les plus étudiées.
En 1994, une méta-analyse montrait qu'un accroissement entre
0,8 et 3,4 % des hospitalisations pour causes respiratoires était
associée à une augmentation de 10 µg/m3 du niveau
journalier de PM10 (5). Dans le cadre de l'étude APHEA, des
augmentations des admissions hospitalières pour causes respiratoires
étaient également associées à une augmentation
des niveaux de FN, SO2, O3 (6). Les travaux portant sur les admissions
pour causes cardio-vasculaires montrent également des associations
positives avec les niveaux de pollution. Ainsi, au Canada, une augmentation
de 13 % des hospitalisations pour causes cardiaques a été
associée à une augmentation de 23 µg/m3 d'O3 (7).
Des liens ont également été retrouvés
entre le monoxyde de carbone (CO) et des pathologies cardiaques chez
les personnes âgées de 65 ans et plus. Ainsi, les auteurs
rapportent aux Etats-Unis et au Canada, une augmentation du risque
d'insuffisance cardiaque de 6,5 % (2,8-10,4 %) pour une augmentation
de 1,2 à 3,5 mg/m3 de CO (8, 9). A Sydney, Australie, une augmentation
de 50 µg/m3 des maxima horaires de dioxyde d'azote était
associée à une augmentation de 6,7 % (4,2-9,2 %) des
hospitalisations pour maladies cardiaques chez des patients âgés
de 65 ans et plus. Cette classe d'âge des personnes de 65 ans
et plus fait actuellement l'objet de nombreuAx travaux car il a été
mis en évidence des augmentations de risque de mortalité
plus importante que dans l'ensemble de la population sur l'hypothèse
que les personnes âgées seraient plus sensibles à
la pollution atmosphérique (10). Chez les enfants, également
considérés comme une population sensible, des augmentations
des niveaux de pollution ont été associées à
des symptômes ou pathologies respiratoires (11). Enfin, quelques
travaux moins nombreux ont montré des relations positives entre
les niveaux de pollution et les visites en médecine ambulatoire
12 ou les ventes de médicaments (13).
Peu de travaux ont porté sur les effets à long terme d'une exposition à
la pollution atmosphérique. Seules trois études nord-américaines
ont porté sur l'association entre les niveaux de pollution
et la mortalité (14-16). Les résultats mettaient en
évidence une association entre les niveaux de pollution et
la mortalité toutes causes mais également la mortalité
pour causes cardio-pulmonaire et la mortalité par cancer pulmonaire
après ajustement sur les facteurs individuels tels que le tabagisme.
Ainsi, dans l'étude des six villes, les personnes résidant
dans la ville la plus polluée avaient un risque de décéder
toutes causes confondues accru de 26 % par rapport à celles
résidant dans la ville la moins polluée (pour un différentiel
en PM2,5 de l'Aordre de 18,6 µg/m3). Pour la mortalité
par cancer pulmonaire, cette augmentation était de l'ordre
de 37 % mais le résultat était non significatif.
Concernant la morbidité à long terme, les travaux chez
les adultes montrent une association entre pollution et maladies,
symptômes et fonction respiratoire. En Suisse, pour une augmentation
de 10 µg/m3 en PM10, les auteurs rapportent une augmentation
de la dyspnée de l'ordre de 41 % (20 - 65 %) (17).
En conclusion, il est
maintenant admis que la pollution atmosphérique présente
des effets sanitaires sur les populations humaines. Le nombre de travaux
et la cohérence de leurs résultats vont dans le sens
d'un effet à court terme de la pollution atmosphérique
sur la santé. Ces effets sont variables, allant d'une détérioration
de la fonction respiratoire jusqu'à une anticipation de la
mortalité pour les effets les plus graves.
Les effets à long terme ont été moins étudiés
en raison des difficultés méthodologiques de ces schémas
d'études. Néanmoins les premiers résultats, qui
doivent encore être confirmés, vont dans le sens d'un
effet délétère sur la santé d'une exposition
chronique et sont plus importants que les effets à court terme. |
Références
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